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Vous avez décidé de travailler à votre compte. Vous avez vos premières missions en vue, peut-être même un client prêt à signer. Et là, la grande question arrive : quelle structure juridique choisir ?
Deux options reviennent systématiquement dans les conversations entre consultants indépendants : le portage salarial et la SASU (Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle). Ces deux voies permettent d’exercer en toute légalité, de facturer des clients, de se constituer un revenu. Mais elles ne s’adressent pas aux mêmes profils, et les différences sont bien plus profondes qu’une simple question de statut juridique.
Dans cet article, on va démêler tout ça, sans jargon inutile, avec des chiffres concrets et une vraie vision du terrain. Que vous soyez en train de réfléchir pour la première fois ou que vous envisagiez de changer de structure après quelques années d’expérience, vous trouverez ici les éléments pour décider en connaissance de cause.
Le portage salarial, c’est un modèle qui existe officiellement en France depuis la loi du 25 juin 2008, et qui a été renforcé par l’ordonnance de 2015 puis la convention collective de 2017. Le principe est simple : vous travaillez en tant que consultant indépendant, vous trouvez vos propres missions et vos propres clients, mais c’est une société de portage, comme Proaxys, qui vous emploie en CDI.
Concrètement, vous signez trois types de contrats :
– Un contrat de travail (CDI ou CDD) avec la société de portage
– Une convention d’adhésion qui encadre la relation
– Un contrat de prestation de services entre votre client et la société de portage
Le résultat ? Vous bénéficiez de tous les avantages du salariat, cotisations retraite complètes, assurance chômage, mutuelle, prévoyance, tout en gardant l’autonomie d’un indépendant. Vous choisissez vos missions, vos clients, votre TJM (taux journalier moyen) et votre rythme de travail.
La société de portage gère à votre place la facturation client, le paiement des charges sociales, la rédaction des bulletins de salaire et toutes les obligations administratives. En échange, elle prélève des frais de gestion, généralement entre 5 % et 10 % du chiffre d’affaires facturé.
La SASU, c’est une vraie entreprise. Vous êtes à la fois actionnaire unique et, si vous le souhaitez, Président. Vous créez une structure juridique indépendante, avec son propre numéro de SIREN, ses propres comptes bancaires, ses propres obligations comptables.
En SASU, vous avez une très grande liberté dans votre organisation : vous pouvez vous verser un salaire, des dividendes, les deux, ou décider de ne pas vous rémunérer certains mois. Vous pouvez embaucher, sous-traiter, vous associer. Vous portez la responsabilité de votre entreprise, et toutes les obligations qui vont avec.
La protection sociale d’un Président de SASU sans rémunération est nulle, ou presque. Si vous vous versez un salaire, vous cotisez à l’assurance maladie et à la retraite, mais vous ne cotisez pas à l’assurance chômage, ce qui signifie qu’en cas d’arrêt d’activité, vous n’aurez pas droit à l’allocation chômage (sauf dans des cas très spécifiques liés au dispositif ATI).
Prenons un consultant qui facture 600 € par jour, 15 jours par mois, soit 9 000 € HT/mois. À ce niveau d’activité, le salaire net avant impôt est comparable dans les deux structures : autour de 4 600 à 4 700 € par mois. C’est là que s’arrêtent la plupart des comparatifs.
Ce qu’ils ne montrent pas, c’est l’ensemble des coûts que la SASU vous laisse porter seul — et des protections qu’elle ne vous offre tout simplement pas.
| Poste ignoré | Situation en SASU | Impact réel |
|---|---|---|
| Assurance chômage | Aucune (dispositif ATI très restrictif) | 800 à 1 500 €/mois perdus si votre activité s’arrête |
| Mutuelle santé | À souscrire et financer soi-même | 100 à 200 €/mois pour une couverture correcte |
| Expert-comptable | Indispensable en pratique | 1 500 à 3 000 €/an, soit 125 à 250 €/mois |
| Frais bancaires & divers | Compte professionnel obligatoire | 50 à 80 €/mois |
| Charge administrative | Bulletins, déclarations, AG annuelle | 2 à 3 jours de travail par mois minimum |
| Retraite complémentaire | Droits réduits si rémunération faible | Accumulation de points AGIRC-ARRCO inférieure sur 10 ans |
En portage salarial, tous ces postes sont intégralement couverts. La différence de quelques dizaines d’euros de net apparent ne résiste pas à ce calcul global. Et si votre activité marque une pause, c’est jusqu’à 18 mois d’ARE qui peuvent amortir le choc — contre rien en SASU.
Au-delà des chiffres, le choix entre portage et SASU repose sur des questions de fond.
Si la réponse est oui, le portage salarial est clairement supérieur. En CDI chez une société de portage, vous cotisez à toutes les caisses sociales comme n’importe quel salarié. Vous accumulez des droits chômage. Vous bénéficiez d’une mutuelle. Votre retraite se construit normalement, avec des points AGIRC-ARRCO.
En SASU, la protection sociale est à construire soi-même, ce qui a un coût, et surtout, ce qui requiert une discipline que tout le monde n’a pas.
Soyons honnêtes : piloter une SASU prend du temps. Comptabilité, déclarations fiscales, gestion de la TVA, dépôt des comptes annuels au greffe, relations avec l’expert-comptable… Ce ne sont pas des tâches insurmontables, mais elles existent, elles ont un coût, et elles détournent du cœur de votre activité.
En portage salarial, vous faites une chose : travailler pour votre client. Le reste, c’est la société de portage qui s’en charge. Chez Proaxys, par exemple, la fiche de paie est émise dans la semaine suivant votre CRA (compte-rendu d’activité), sans démarche de votre part.
Il y a des cas où la SASU s’impose, ou devient clairement préférable :
Dans tous les autres cas, et c’est la grande majorité des consultants indépendants en France, le portage salarial répond parfaitement aux besoins.
C’est une question souvent sous-estimée. Si vous démarrez tout juste votre activité de consultant, le portage salarial vous permet de tester le marché sans prise de risque. Vous n’avez rien à créer, rien à dissoudre si ça ne marche pas. Vous arrêtez votre contrat, vous avez droit au chômage.
Si vous avez plusieurs années d’expérience, un portefeuille clients établi, et des revenus réguliers au-delà de 100 000 € par an, la SASU peut commencer à présenter des avantages fiscaux réels, notamment via la distribution de dividendes partiellement moins chargés.
Le portage salarial connaît une croissance significative : selon le PEPS (Professionnels de l’Emploi en Portage Salarial), le secteur représentait en 2023 plus de 90 000 consultants portés pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 1,5 milliard d’euros. La croissance annuelle est de l’ordre de 10 à 15 %.
Cette progression n’est pas le fruit du hasard. Elle traduit une réalité : de plus en plus de professionnels, consultants IT, formateurs, ingénieurs, chefs de projet, professionnels du marketing, choisissent le portage parce qu’il combine ce que les autres statuts offrent séparément, sans les contraintes qui vont avec.
C’est une option que peu de gens envisagent, et pourtant elle est parfaitement légale. Certains consultants gardent une SASU pour leurs activités récurrentes à fort volume, et utilisent le portage salarial pour des missions ponctuelles ou exploratoires. D’autres font le chemin inverse.
Chez Proaxys, nous avons des consultants qui viennent du monde de la SASU et qui ont choisi de basculer en portage pour simplifier leur quotidien sans perdre en revenus nets. Pas parce que la SASU était mauvaise, mais parce que leur priorité avait changé : moins de gestion, plus de temps pour ce qui compte.
| Critère | Portage salarial | SASU |
|---|---|---|
| Protection chômage | Oui | Non (sauf ATI) |
| Cotisation retraite complète | Oui | Oui (si rémunération) |
| Mutuelle incluse | Selon société | À souscrire soi-même |
| Gestion administrative | Déléguée | À votre charge |
| Frais comptable | Inclus | 1 500 à 3 000 €/an |
| Liberté commerciale | Totale | Totale |
| Création rapide | Quelques jours | 1 à 3 semaines |
| Optimisation fiscale avancée | Limitée | Possible |
| Embauche possible | Non | Oui |
| Revenus élevés (>150K€) | Moins avantageux | Plus flexible |
On ne va pas vous dire que le portage salarial est la meilleure solution pour tout le monde dans toutes les situations. Ce serait vous manquer de respect.
Ce qu’on peut dire, en revanche, c’est ceci : pour la grande majorité des consultants indépendants en France, ceux qui démarrent, ceux qui cherchent la sérénité, ceux qui veulent passer plus de temps sur leurs missions et moins sur leur compta, le portage salarial est la structure la plus cohérente.
Elle vous offre la liberté sans vous obliger à tout porter seul. La protection sans la lourdeur. La simplicité sans sacrifier le revenu.
Si vous voulez savoir concrètement ce que le portage salarial changerait pour vous, avec vos chiffres, votre situation, votre profil, notre équipe est disponible. Pas de script, pas de chatbot. Un échange humain, et une simulation en 15 minutes.
Peut-on passer du portage salarial à une SASU facilement ?
Oui. Le contrat de portage se termine naturellement à la fin d’une mission ou peut être résilié selon les termes convenus. Vous pouvez ensuite créer votre SASU. Certains consultants font ce chemin quand leur activité atteint un volume et une régularité qui rendent la structure plus intéressante.
La SASU est-elle plus prestigieuse que le portage salarial ?
Non. Ce mythe a la vie dure. Les grandes entreprises travaillent régulièrement avec des consultants portés, la société de portage est leur interlocuteur contractuel, ce qui simplifie souvent les processus d’achat. Du point de vue du client, ce qui compte, c’est votre expertise et votre fiabilité.
Peut-on avoir une SASU et être salarié porté en même temps ?
Oui, dans certaines conditions. Il convient d’être vigilant sur les clauses d’exclusivité et de vérifier avec un conseil juridique. C’est une configuration qui peut faire sens dans des stratégies de transition.
Le portage salarial est-il adapté aux débutants ?
Absolument. C’est même souvent le meilleur point d’entrée dans le monde du conseil indépendant. Vous vous concentrez sur ce que vous faites bien, et on s’occupe du reste.